Raki a retrouvé l'Atlantique. Nous avons terminé le canal du Midi sur les chapeaux de roues avec un moteur neuf et 11 talonnages de plus ce qui porte le total des pocs à 94 ! Les passages d'écluses nous ont éreintés et jamais nous ne nous serons aussi peu occupés des enfants que pendant ces deux semaines de canal. Le bateau a été remâté à Pauillac et nous nous réaccoutumons lentement aux conditions de navigation océaniques. Nous avions un peu oublié le froid, la pluie et la houle. Heureusement, nous sommes accueillis chaleureusement par tous ceux que nous retrouvons au cours de la remontée. Et même si une dépression nous tombe dessus ces jours-ci, nous serons bien au quai de la Fosse à Nantes le vendredi 27 août à 18 heures pour fêter dignement le retour de Raki.
en mer
Rubrique thématique et événementielle puisqu'on y traite aussi bien des événementsconsignés dans le livre de bord que des questions posées par la navigation en famille.
J moins 3
D’Athènes au Golfe de Corinthe
Nous avons quitté Athènes jeudi dernier. La traversée vers le canal de Corinthe s’est faite au louvoyage dans une bonne brise de 20 noeuds. Le soir, nous avons mouillé à Kalimaki, une petite baie située juste au nord de l’entrée du canal. Vendredi, en fin de matinée, nous avons embouqué le canal sous un soleil de plomb. Nous avons ensuite tiré vers Itea dans le petit temps. A l’approche de Galaxidi, nous avons fait les frais d’une dispute entre Apollon et Poséidon, l’ébranleur de la terre. Le ciel s’est couvert, puis est devenu tout noir. Les éclairs ont fusé de toutes parts. Et plus nous approchions du port, plus le ciel s’obscurcissait. Nous avons hésité à changer de destination. Soudain, des milliers de moutons blancs se sont formés sur le vaste dos de la mer. Le vent est monté à 20, puis 25, puis 30, puis 35, puis 40, puis 45 nœuds. Plus moyen de gagner au vent sans coucher le bateau.
Nous avons dû faire demi-tour et partir en fuite à 6 nœuds à sec de toile. La mer poissonneuse s’est creusée rapidement pendant que le drapeau national de Raki, déjà bien fatigué par ses 4 mois de mer, rendait ses derniers soupirs. Nous avons enfilé les vestes de quart que nous n’avions plus porté depuis des semaines. Tout l’équipage s’est équipé de gilets et de harnais. Nous avons alors envisagé deux cas de figure : retourner à Corinthe ou profiter que nous avions de l’eau à courir pour attendre la bascule de vent et filer vers Lépante. Amélie a préparé le foc de route arisé puis nous l’avons envoyé en valsant un peu sur le pont. Au bout d’une heure, le vent a molli et a pris de l’ouest nous permettant alors de lofer et de commencer à retourner vers Galaxidi. Bilan, 12 milles de route en plus et une belle frayeur. Nous craignions particulièrement que le vent monte encore ou que la mer se forme davantage.
Bien contents d’arriver, nous nous sommes promis d’aller visiter Delphes le lendemain pour rendre un petit hommage à Apollon qui nous a sorti de ce mauvais pas. Léonie a pris son carnet de croquis et nous sommes allés au musée où nous avons pu voir le nombril du monde (cf. photo). C’est Zeus qui l’avait localisé en envoyant deux aigles, l’un vers l’Ouest et l’autre vers l’Est. Ils s’étaient retrouvés à Delphes. Léonie a ensuite croqué tous les monuments du sanctuaire d’Apollon et commis une petite prière à la manière de la Pythie en guise d’ex-voto. L’autobus nous a ramené à Galaxidi le soir.
Et le lendemain matin nous avons appareillé à 5h00 pour profiter des calmes matinaux. Mais dès 9h00, le vent est monté de nouveau pour atteindre la force de 30 nœuds. Après 4 changements de voiles d’avant, nous avons louvoyé sous grand voile et foc de route arisés jusqu’à la belle île de Trisonia où nous attendons à présent que la météo se montre plus clémente, peut-être jeudi.
Canal de Corinthe
2ème Bilan d’étape
Nous sommes arrivés au point le plus Est de notre croisière avec une longitude de 23°39’ Est. Nous sommes plus à l’Est que Varsovie et exactement à la longitude de Riga en Lettonie. Il nous aura fallu 3 mois et 27 escales pour atteindre Athènes depuis le détroit de Gibraltar. La longitude la plus occidentale du voyage était à Cascaïs (Entée du Tage) : 9°25’ Ouest, sur le même méridien que le Liberia. La latitude la plus méridionale était à Saïdia (frontière algéro-marocaine) : 35°07’ Sud, sur un parallèle un peu au sud de Téhéran, ou encore entre Los Angeles et San Francisco. Le rectangle dessiné sur la carte ci-dessus encadre notre périple. Notre objectif à présent est de retrouver la position de départ : 47°12’ Nord et 1° 34’Ouest, autrement dit le quai de la Fosse à Nantes. Nous visons une arrivée en fanfare le samedi 28 août à 18h00 (qui a dit qu’on ne peut jamais prévoir en voilier ?). Depuis notre entrée en Méditerranée, nous avons parcouru 1936 milles nautiques pour une moyenne de 5,15 nœuds. Nous avons passé 30 journées en mer et 11 nuits. Six fois nous avons fait des traversées de plus de 100 milles nautiques (174 milles entre Oran et Cherchell, 102 milles entre Alger et Béjaïa, 159 milles entre Jijel et Annaba, 134 milles entre Pantelleria et Malte, 360 milles entre Malte et Katakolon, 113 milles entre Kalamata et Monemvasia). La moyenne par étape est de 71,70 milles nautiques. Selon les cas, nous nous sommes arrêtés soit une nuit, soit plusieurs. Nos escales de plus d’une journée furent celles de Melilla (3 jours), Ghazaouet (2 jours), Oran (9 jours), Cherchell (2 jours), Alger (9 jours), Jijel (3 jours), Tabarka (4 jours), Sidi Bou Saïd (10 jours), Pantelleria (8 jours), Malte (3 jours), Katakolon (3 jours), Kalamata (3 jours), Monemvasia (2 jours), Epidaure (2 jours), Le Pirée (5 jours). Il n’y a qu’à Jijel et à Pantelleria que nous avons dû prolonger l’escale à cause du mauvais temps comme cela avait déjà été le cas à Porto dans la tranche précédente. Nous avons pu vérifier que la Méditerranée est une mer capricieuse. Nous avons eu des conditions de vent et de mer difficiles à l’approche de Cherchell, à
l’approche d’Alger, dans la baie de Skikda, à l’approche de Bizerte, à l’approche de Pantelleria et au départ de Malte. Mais à l’opposé nous avons aussi eu beaucoup de calmes puisqu’en 3 mois nous avons fait presqu’autant de moteur que de voile et consommé 255 litres d’essence. Le bateau a bien résisté et nous n’avons à déplorer que la perte d’un petit seau un peu trop vite jeté à l’eau dans le port de Pantelleria et quelques pannes électrique qui ont facilement été réparées (éclairage du compas de route, lampe de cuisine). Le GPS traceur a perdu un peu de notre confiance depuis qu’il n’accepte plus de s'allumer pendant de longues périodes. Les voiles n’ont pas trop souffert et même les vernis tiennent à peu près le coup. Nous n’avons plus eu de problème de charge électrique depuis Gibraltar puisque le panneau solaire a efficacement complété l’éolienne. Enfin le nom du bateau n’a jamais été un obstacle même s’il aurait pu passer pour une anagramme malheureuse en Algérie ou réveiller la vieille hostilité anti-turque en Grèce à cause de l’homonyme alcoolisé. L’équipage a eu quelques bobos. Léonie a contracté une simili-scarlatine à Pantelleria. Elle a aussi fait une belle chute à Epidaure (le coude et la hanche un peu amochés). Amélie regrette d’avoir voulu faire couleur locale en s’offrant des sandales en cuir à Monemvasia : ses pieds sont couverts de plaies. Sylvain a eu des crampes d’estomac à Jijel et Gustave est toujours le plat préféré des moustiques. Il a de plus testé de la tête à peu près toutes les parties du bateau.
Quant à la poussette, après avoir sillonné des dizaines de kilomètres dans les rues et sur les routes d’Afrique et d’Europe, elle a rendu l’âme à Athènes. Nous l’avons ramenée au Pirée dans un brancard et allons à présent l’enterrer après avoir fait quelques libations. Nous n’avons croisé aucun voilier naviguant au Maroc et en Algérie. Ce n’est qu’à partir de la Tunisie que nous avons rencontré d’autres équipages en route comme nous, notamment Steve et Melissa (Sidi Bou Saïd), Ann et Kevin (Sidi Bou Saïd), Julien et son équipage (Pantelleria), Jean-Luc Van Den Heede et son équipage (Pantelleria), puis plusieurs équipages anglais et français à Katakolon, à Kalamata, à Monemvasia où nous avons fait la connaissance de Georges, Zlata et Violette, à Hydra et à Epidaure. Lors de nos escales, nous avons beaucoup circulé à terre. Pour nos déplacements, nous avons utilisé des bus, des taxis, des voitures de location, des trains. Nous retiendrons particulièrement la ville d’Oran, la ville d’Alger et la ville de Béjaïa, trois villes magnifiques où nous nous sommes sentis chez nous. Nous avons aussi beaucoup aimé la ville de Tunis pour son intense activité. Nous avons passé du bon temps à l’île de Pantelleria qui nous a semblé être un bout du monde. Nous apprécions à présent la Grèce pour la beauté des paysages et pour ses majestueux sites antiques.
Nous avons du mal à nous remettre des émotions que nous avons ressenties dans la plaine de Sparte, dans le stade d’Olympie, dans le théâtre d’Epidaure ou, hier encore, à l’Agora d’Athènes. Pour nos balades, nous avons utilisé les mentions contenues dans les instructions nautiques et les incontournables Guides du Routard. Nous avons aussi essayé de retrouver les lieux évoqués dans les bouquins que nous avons embarqués ou qui flottaient dans nos souvenirs de lectures plus anciennes. Nous n’avons eu aucun problème de ravitaillement et notre système de Jerricans est tout à fait fonctionnel : 4 jerricans de 10 litres d’essence et 3 jerricans de 10 litres d’eau toujours complétés par quelques bouteilles d’eau minérale. Le beurre ne tient plus dans le bateau depuis Malte. Nous allons maintenant entamer le voyage du retour même si nous savons qu’en ces contrées les retours sont parfois interminables et nous renonçons à Istanbul car nous serions alors obligés d’adopter un rythme de convoyage qui nous priverait des escales que nous envisageons de faire en Italie et en Corse. Le retour devrait s’organiser en plusieurs temps :
1. Le Canal de Corinthe et la remontée jusqu’à Corfou dans la semaine qui vient.
2. L’Italie du Sud et la Sicile fin juin-début juillet.
3. Naples, Rome, les îles toscanes et la Corse dans les 3 premières semaines de juillet.
4. Marseille et Sète fin juillet où nous retrouverons des amis et de la famille.
5. Le Canal du midi la première quinzaine d’août.
6. La Gironde, la Rochelle, et Nantes fin août.
Nous sommes sur le retour, certes, mais en relisant ces dernières lignes, nous nous disons que nous avons encore du pays à voir et que nos grandes vacances sont loin d’être terminées.
Malvoisie
RAKI continue son tour du Péloponnèse. Les températures deviennent scandaleusement élevées et il devient difficile de se protéger de la morsure du soleil hellène. Nous avons quitté Kalamata lundi en fin d'après-midi. Au louvoyage d'abord dans la fin du thermique puis au portant dans une bonne brise d'ouest qui a rapidement monté une mer assez creuse. Nous avons traversé le Golfe de Laconie pendant la nuit et avons longé Cythère au petit matin. Nous avons eu beau scruter aux jumelles, nous n'avons pas vu le pendu de Baudelaire qui a probablement été décroché depuis. Certains se demandent peut-être pourquoi ce nom, Cythère.
C'est tout simplement par respect pour les habitants d'ordinaire assez laconiques. Le cap Maleas nous a laissé passer en mer Egée sans aucune difficulté et nous sommes arrivés à Monemvasia appelée aussi Malvoisie (car on ne boit pas que de l'Ouzo en Grèce) en début d'après-midi. Léonie a immédiatement sympathisé avec Violette, la petite équipière du voilier voisin. Nous reprenons le mer aujourd'hui et visons Athènes dans les prochains jours.
Hocus Pocus
Il faut avouer qu’il ne fut pas aisé de nous résoudre à produire les aveux qui suivent. Nous avons bien cherché à étouffer l’affaire en comptant sur le temps qui passe. Mais l’esprit de responsabilité qui caractérise les gens de mer associé au devoir que nous avons chevillé au corps nous ont commandé de rendre compte. Notre motivation s'est trouvée renforcée par cinq nuits d’insomnie à l’idée de devoir,
comme deux fois déjà par le passé, porter autour du cou un trophée humiliant (cf. photos). Et puis à tous les coups, un Apocien déguisé en Grécien était dans les parages au moment du drame et nous n’aurions pas pu tromper plus longtemps les membres avisés du Bureau. Tant qu’à se faire balancer, autant jeter nous même le premier pavé dans la mare. Voici donc :
RAPPORT DE MER
Nous, en charge du commandement du navire à voiles RAKI, d’une jauge brute de 6,30 tonneaux, immatriculé au Quartier Maritime de Paimpol (Côtes du Nord) déclarons :
Alors que nous faisions route vers le quai de Katakolon (Grèce occidentale) en ce matin du 30 mai de 2010, à la vitesse de 3 nœuds, le lest de fonte du vaisseau a violemment percuté un haut fond rocheux qui figure pourtant sur toutes les cartes (même sur les cartes électroniques de Garmin alors que tout le reste est faux) à la cote de 1 mètre et moins sous le niveau de la mer. Il nous fut très difficile de nous déséchouer à l’aide du moteur auxiliaire et d’amples mouvements de barre.
L’affaire aurait pu en rester là si, au même moment, la cloison structurelle du navire n’avait été heurtée violemment à son tour par le crâne du bosco Gustave qui, conscient de sa faute, a fondu en larmes sans délai. Nous l’avons puni de 10 jours de fers pour avoir cru bon de s’amuser à un moment si délicat.
Nous implorons donc la clémence du Bureau qui saura sans doute reconnaître que :
1 - certains ont déjà payé pour notre erreur, ne l’oublions pas
2 - faute avouée est à moitié pardonnée (or quand on dit « à moitié saoul » ça veut dire plus en général)
3 - les rochers gréciens c’est quand même moins dur que les caillasses du Ferlas
4 - il était très tôt le matin et le maître de port n'est arrivé qu'après l’incident que nous avons soigneusement tu
5 – le bateau a 44 ans ce qui fait une sacrée décote de vétusté
Fait à Kalamata le 5 juin de l'an 2010
Pour ceux qui auraient eu un peu de mal à saisir les implicites contenus dans ce billet, il est recommandé de cliquer sur le lien APOC ci-contre.
Traversée de la Mer Ionienne
Kalimera. Nous sommes arrivés dimanche matin chez les Gréciens, dixit Léonie qui de toutes façons préfère parler anglais désormais . Premier pas sur le continent européen depuis bientôt trois mois. Nous avons avalé les 360 milles de Malte à Katakolon en 68 heures (3 nuits et 3 petits jours). L'équivalent de deux Transmanches en double, n'est-ce pas Claude ? Un tiers sous inter et grand-voile à un ris, un tiers sous spi et un tiers au moteur dans les petits airs de la dernière nuit. Les îles de Céphalonie et de Zante étaient visibles dès samedi soir alors qu'elles étaient encore à 50 milles. Les enfants ont très bien supporté la traversée. Gustave en a profité pour s'exercer à de nouvelles vocalises en ta-ta-ta-ta, de préférence au moment où l'un d'entre nous descendait dans le carré pour récupérer un peu. Et Léonie, un peu malade après la première nuit, a été très vite davantage préoccupée de savoir quand tomberait sa première dent que quand on arriverait. Sous une lune très lumineuse la nuit et avec une chaleur croissante de jour en jour, nous avons croisé beaucoup de cargos qui faisaient cap sur le sud du Péloponnèse ou sur la mer Adriatique - les marins de quart la nuit s'amusaient à faire des blagues et des imitations sur le 16 -, un voilier en route pour la Sicile et quelques dauphins le deuxième matin. Au programme à présent, virée à Olympie, Sparte et Mistra par la terre puis le tour du Péloponnèse à la voile par Methoni, Kalamata et le cap Malée en espérant que nous ne finirons pas chez les Lotophages qui pourraient nous faire oublier le chemin du retour. Nous remonterons ensuite vers Hydra, Egine et Athènes avant de commencer notre route vers l'ouest par le canal de Corinthe et Ithaque, l'île d'Ulysse dont Homère - que Léonie apprécie beaucoup dans les Simpsons - a rapporté les errements. Nous ferons peut-être un petit arrêt à Nikopolis où Octave à mis la pâtée à Antoine (Octave à qui Gustave a emprunté un peu de son Auguste). Puis de Corfou nous traverserons le sud de l'Adriatique pour rejoindre le pays de Monica Bellucci dont nous venons d'apprendre qu'elle a mis au monde une petite Léonie. Mais avant tout cela nous attendons une souris cette nuit. Elle trouvera sous l'oreiller de Léonie une dent de lait et une lettre (en grécien évidemment) pour lui demander de ne pas emporter la dent car Léonie tient beaucoup à la conserver.
En route pour la Grèce
Nous avons passé 3 jours à Malte où n’aurons trouvé ni le faucon ni Corto. En revanche la nouvelle balise Dolink est arrivée et nos positions apparaissent de nouveau sur la carte ci-contre. Nous nous sommes aussi équipés de cartes marines de détails pour la Grèce car il n’a pas été possible de réparer le GPS traceur. On nous a bien proposé de nous en vendre un neuf à 2100 € mais nous avons gentiment répondu que nous n’avions pas les moyens ce qui dans cette petite suisse méditerranéenne a paru presque incroyable. Nous regrettons un peu de n'avoir pas pu répondre à tous les mails. Mais le temps presse et en milieu de journée, nous appareillerons pour la plus grande traversée du voyage (environ 350 milles). Nous devrions atterrir entre Céphalonie et Katakolon dimanche ou lundi prochain. La fenêtre météo est étroite car le vent favorable dans un premier temps devrait basculer au Nord puis à l’Est en fin de parcours. Nous avons hâte de goûter aux petits mouillages ensoleillés du Péloponnèse.
Dauphins entre Pantelleria et Malte
10, 20, 30 dauphins font un festival autour de Raki toute la journée et toute la nuit
Bizerte – Sidi Bou Saïd
Le temps est beau toute la matinée. Après avoir passé une heure sur le rouf où elle avait trouvé refuge, Léonie accepte de redescendre lorsque nous envoyons les voiles. Dans l’après-midi, l’orage revient avec ses éclairs. Nous ne traînons pas et gagnons Sidi Bou Saïd aussi vite que possible. Sidi Bou Saïd est le port de plaisance de Tunis, à deux pas de Carthage et de la Marsa. Le port est bien équipé et nous envisageons de sortir Raki de l’eau pour savoir ce qui gratte sous la coque. Finalement la capitainerie nous informe que la grue est en panne et qu’il faut traiter avec Magyd qui a quelques engins avec lesquels il devrait pouvoir nous sortir de l’eau. Mais ce dernier commence par refuser car Raki est trop grand (si, si). Mais le lendemain, après un nouvel échange, il finit par accepter de lever Raki avec un genre de Fenwick à la fourchette rallongée. Nous ne faisons pas les fiers.
Tabarka – Bizerte
En Tunisie, tout le monde porte des lunettes de soleil. Même Gustave. Nous partons de Tabarka vers 11h00. Nous pensons aller directement à Tunis. Mais après une navigation paisible dans la journée et un passage somptueux le long des îles Fratelli (cela sonne bien pour un 1er mai), le ciel se couvre et l’orage gronde. La foudre éclate à plusieurs reprises et se rapproche de nous. Nous décidons donc de nous abriter à Bizerte pour la nuit. Nous y rencontrons un couple de Français sur un très bel Allure. Le lendemain matin, nous allons acheter quelques tomates et du pain et nous reprenons la mer.
Annaba - Tabarka
Nous quittons Annaba vers 8h30 avec des passeports tamponnés. Nous avons débordé un peu les 30 jours de notre visa. Nous quittons l’Algérie avec un pincement au cœur. Gustave prend la barre. La traversée dure 9 heures environ. A l’approche de la frontière, nous assistons à un drôle de ballet. Une dizaine de bateaux de pêche dérivent ensemble.
On dirait qu’ils attendent que nous passions pour reprendre leur activité. Il faut dire qu'il y a beaucoup de corail dans la région... Une fois la frontière passée, nous appelons les gardes côtes tunisiens par VHF pour leur signaler notre arrivée en Tunisie. Ils nous demandent de nous identifier. Un peu plus d’une heure après, nous arrivons à Tabarka qui est un agréable port de pêche où nous retrouvons aussi des voiliers. Nous n'en avions pas vu beaucoup depuis notre départ du Maroc. Nous allons profiter du beau temps pour faire une excursion dans les terres et visiter les vestiges romains de Dougga. Nous allons également prendre le temps de compléter le blog que nous avons un peu délaissé au cours des deux semaines écoulées. C'est que notre séjour en Algérie fut très rempli. D'ailleurs, pour ceux qui ont trouvé que nous n'avions pas donné beaucoup de nouvelles, ils peuvent en trouver dans le dernier numéro de la revue Bateaux (mai 2010) dans lequel paraît-il on trouve un article sur notre périple. Enfin nous devrons trouver le temps de caréner le bateau car nous entendons de drôles de bruits sous la coque (ça gratte et ça craque) qui semblent dénoncer la présence de coquillages. Nous croisons les doigts pour que ce ne soient pas des tarets...
Jijel-Annaba
Nous partons ce matin avec un reste de houle qui n’a cessé d’enfler tout au long de la traversée, aggravée par une mer chaotique à chaque pointe. Cela a dû souffler fort ces derniers jours. Durant la nuit, les gardes côtes nous appellent plusieurs fois pour savoir où nous nous trouvons et si tout va bien à bord. C’est rassurant de se sentir suivi ainsi. Nous sommes contents d’arriver à Annaba au petit matin. Lorsque nous posons le pied sur le quai, nous titubons un peu car nous avons été très secoués pendant 24 heures. Nos visas sont périmés depuis hier. La Police des frontières nous laisse un moment entendre que nous pourrons quand même aller faire du tourisme en ville avec un permis d’escale. Mais finalement elle se ravise et nous nous contenterons d’une longue promenade sur le port que surplombe la basilique St Augustin. Le capitaine de Port nous donne une météo. Nous reprendrons la mer dès demain matin.
Chapeau pointu
Nous avons repris la mer cet après-midi. Le vent se lève avec la tombée de la nuit, dans l’axe. Nous tirons un premier bord vers le large puis un deuxième vers la côte. Nous dessinons un joli chapeau pointu sur le GPS qui nous indique qu’en 3 heures de navigation, nous n’avons progressé que de 3 milles nautiques. Le courant est très fort. Plus de deux nœuds contre nous. Nous désespérons un peu et au petit matin, nous décidons de renoncer à faire escale à Skikda. Nous irons à Jijel qui est beaucoup plus proche. Nous y arrivons au lever du jour. Les militaires qui gardent l’entrée du port nous éconduisent en désignant la direction du sud. Nous longeons les digues et découvrons un nouveau port qui ne figure pas sur les cartes. Nos appels VHF restent sans réponse jusqu’à ce que nous entrions dans le port. Les gardes côtes nous répondent enfin que nous devons nous présenter au quai qui se trouve juste en face de nous. Jijel devait être une escale brève. Mais nous devons y rester 3 jours car la météo annonce de l’ouest fort. Nous apprendrons par la suite qu’un plaisancier a subi des dégâts importants à cause d’une vague qui s’est abattue sur la cabine de son bateau et a cassé un des hublots. 3 jours, quand ce n’est pas choisi, cela peut paraître un peu long. C’est la barbe comme dirait l'autre ! Mais nous allons quand même faire quelques courses en ville et visiter le petit musée local, escortés de près par une voiture de police.
Oran - Alger
Nous avons quitté Oran mardi soir. Les adieux étaient très émouvants. Nous avons échangé de grands signes avec les membres du club Phénicia, puis nous avons pris la mer. Un peu de houle de Nord. Le bateau allait vite toute la nuit, au près jusqu'au large de Mostaganem. La journée fut moins ventée et nous avons poussé un peu au moteur en milieu de journée. Puis le vent est revenu le soir par le Nord et nous avons passé une deuxième nuit en mer entre Ténès et Cherchell. Vers 4h00 du matin, nous étions déjà en face du port de Cherchell. Nous avons évité de justesse un filet dérivant balisé par deux bouées faiblement éclairées puis nous avons attendu que le jour se lève en tirant deux bord de travers. Vers 6h30, nous avons commencé à nous diriger vers le phare de Cherchell. Une houle de plus de deux mètres nous a fait hésiter un moment à continuer notre route vers la côte car nous craignions que les vagues ne déferlent avec la remontée des fonds Mais appelés par VHF, les gardes côtes nous ont rassurés : l'entrée du port est claire. Cherchell est l'ancienne Caesarea fondée par Juba II et devenue après 40 la capitale de la province romaine de Maurétanie Césarienne, qui s’étendait alors jusqu’à l’Océan Atlantique. Accueil par les gardes côtes. Formalités vite expédiées. Port ouvert sur la ville, sans poste de police pour contrôler les entrées. Nous prenons un peu de repos et débarquons après déjeuner.
Nous prenons un taxi pour Tipaza et passons l'après-midi dans la cité antique. Léonie improvise une représentation dans le théâtre romain puis nous allons visiter le petit musée dans lequel le conservateur se lamente du peu d'intérêt que les pouvoirs publics manifestent pour le trésor que constituent tous les vestiges du passé romain du pays. Nous repartons en fin de journée vers Cherchell où nous nous préparons un bon dîner. Le lendemain nous visitons la ville et ses musées. Nous terminons par la visite de l'amphithéâtre romain où se déroule une partie de football endiablée.
Nous décidons de reprendre la mer dès le lendemain matin. Sidi Ferruch n'est pas accessible car la passe est ensablée aussi faisons-nous cap directement sur Alger. Mais le vent fraîchit par le Nord-Est (dans l'axe) et nous sommes obligés de tirer un long bord vers l'intérieur de la baie avant de repartir vers le Nord et de découvrir qu'un courant de plus de deux noeuds le long du cap Caxine ralentit considérablement notre progression. Nous tirons des bords carrés dans une mer très formée. Raki peine à grignoter les milles et bondit sur chaque vague. Le soir tombe et les enfants s'endorment difficilement à cause des mouvements brutaux du bateau. Vers 22h30, nous passons enfin la pointe Pescade. Je m'applique à la barre pour ne pas trop perdre de terrain avec ce maudit courant qui nous fait déraper et nous arrivons enfin en baie d'Alger. Par VHF, la Capitainerie nous demande d'accoster le long de la digue Nord où sont postés les gardes-côtes pour faire les premières formalités puis nous attribue une place au quai n°11, le quai des ferries. Les formalités traînent un peu. Puis nous nous couchons, fourbus. Le lendemain, nous allons nous promener dans les rues d'Alger, et faisons une halte chez un pédiatre car Gustave a été dévoré par les moustiques dans la nuit. La ville est immense, très animée et nous nous faisons une fête de tout découvrir dans les prochains jours. Nous ferons même un petit extra en nous offrant une chambre d'hôtel pour une nuit ou deux.
En route pour l'Algarve
Lisbonne-Lagos. 150 milles nautiques en 27 heures. La baie de Setubal et Sines qui va du cap Espichel au cap St Vincent a ce quelque chose d'interminable qui colle à la baie d'Audierne pour ceux qui ont déjà pratiqué. Seule différence, c'est 3 fois plus long que la baie d'Audierne ! Heureusement, nous avons eu du vent toute la nuit (15 à 20 noeuds) et Raki marchait vite. Le vent est tombé ce matin en approchant du cap St Vincent. Mais la houle restait forte si bien que la manip' de moteur a failli tourner à la catastrophe : dans un coup de roulis, les 4 ergots sont sortis des rails et je me suis retrouvé avec le moteur pendouillant à bout de bras au dessus de l'eau. Amélie m'a aidé à le ramener à bord et nous avons pu le remettre à poste en visant bien entre deux vagues pour ne pas perdre l'équilibre. Il y en a un que ce genre d'aventure n'émeut pas outre mesure et qui a choisi ce moment pour se rendormir. Nous sommes arrivés en début d'après-midi à Lagos (près de Portimao) et nous apprêtons à reprendre la mer demain dans l'après-midi. Prochaine étape indéterminée. Peut-être l'Andalousie. Cela va nous faire bizarre de voir la longitude ouest diminuer après avoir continuellement augmenté pendant près d'un mois.
Porto - Lisbonne
Les dauphins nous ont encore accompagnés tout le long du voyage qui a duré 36 heures pour 185 milles nautiques. Cette fois nous avons réussi à prendre quelques images de nos amis qui valent à Gustave le surnom de "Danse avec les dauphins".
Dauphins au large de Porto
Orage sur Vigo
Au large des îles Cies, jeudi soir, les grains orageux se sont multipliés avec des éclairs de plus en plus nombreux. L'aventure de nos amis Armagnac de la Rochelle foudroyés l'été dernier nous a servi de leçon et nous avons décidé de rentrer dans la ria de Vigo pour nous mettre à l'abri. Nous avons passé la fin de la nuit à Baiona, à l'entrée de la rivière. Toute la matinée, nous avons assisté à une alternance de soleil printanier et de grains très violents dont un qui a recouvert le pont de grêle.
Dans l'après-midi, les grains se sont un peu espacés et nous sommes repartis en espérant passer entre les gouttes. Quelques gros champignons noirs menaçaient encore au large. Nous n'avons finalement jamais été en dessous de l'un d'eux et nous ne le regrettons pas.
Nous avons en revanche beaucoup apprécié la compagnie des dauphins qui ne nous ont pas quittés depuis notre départ de Portosin. Ils suivent le bateau de nuit comme de jour et zigzaguent tout autour en faisant des sauts parfois très acrobatiques.


Suivez la position du bateau en direct.