DSC03546.JPGEn quittant Melilla, nous trouvons une mer agitée et du vent d’Est. Babord amure, nous avançons vite et en serrant le vent nous réussissons à tout faire en un seul bord. La visibilité est mauvaise et les îles Chafarinas finissent par se montrer alors qu’elles ne sont plus qu’à deux milles nautiques. Nous approchons du port de pêche de Ras el Mas que nous nous décidons à rallier pour éviter d’aller à Marina Saïdia, vaste complexe touristique se trouvant à 6 milles dans l’est. Nous sommes bien accueillis par les autorités qui nous invitent à nous amarrer derrière un petit catamaran de croisière battant pavillon marocain. Compte tenu de la rapidité des formalités, nous décidons d’aller faire une promenade en ville et d’y dîner. A notre retour, vers 23h00, un gendarme royal arrive en voiture. Il nous somme de quitter les lieux immédiatement arguant du fait que Ras el Mas est un port de pêche et qu’une marina peut nous accueillir « à deux ou trois milles maximum dans l’est ». Je lui réponds que nous ne possédons pas de carte actualisée pour aller à Marina Saïdia qui vient d’être construite et que ce que j’ai collecté comme informations la place plutôt à 6 ou 7 milles. Arriver dans un port complètement inconnu et mal cartographié de nuit est délicat. Mais il insiste (« il y a des lumières pour entrer dans la marina ») tout en faisant des remontrance aux autorités du port à qui il reproche de nous avoir accueillis. Nous ne résistons pas plus longtemps et quittons le port. La mer s’est un peu calmée dehors et nous mettons 1h30 à gagner le début d’une vaste digue que nous longeons sur plusieurs centaines de mètres. Puis deux feux se distinguent, rouge à droite et vert à gauche. Au fur et à mesure que nous avançons, ils se rapprochent puis se croisent balisant maintenant l’ouverture du port. Nous regardons régulièrement le sondeur. Les sondes varient entre 5 et 7 mètres. Nous avançons de plus en plus lentement et entrons dans un immense bassin sans aucun éclairage. Ambiance fantomatique. Nous passons un appel à la VHF. La capitainerie nous répond rapidement et nous envoie une vedette qui arrive à pleine vitesse dans le bassin dont nous apprendrons qu’il est destiné à l’accueil de maxi-yachts dans les années à venir. En suivant la vedette nous franchissons une première chicane, traversons un deuxième bassin, puis à nouveau un passage plus étroit qui nous permet d’entrer dans un troisième bassin, très éclairé cette fois avec des pontons auxquels sont amarrés quelques voiliers et de nombreux bateaux à moteur. Il est environ 1h00 du matin. Lorsque je débarque pour faire les formalités on me signale que nous ne pourrons les faire qu’après la visite du médecin. 5 minutes plus tard, il arrive : « Vous n’avez pas de fièvre ? Pas de toux ? » Je tique un peu et réponds que non. Il m’ausculte plus avant, les yeux, la bouche : « Les autres membres de l’équipage non plus ? Pas de grippe ? » « Non, nous avons été vaccinés contre la grippe », lui réponds-je. La suspicion retombe un peu. Puis les gendarmes m’invitent à les suivre à la Capitainerie. Je suis entouré d’une dizaine de personnes qui vont et viennent. La police, la douane, la capitainerie, la gendarmerie. A chaque fois que je crois m’être acquitté des formalités après avoir rempli un formulaire, on me demande de changer de bureau et on m’en tend un autre. Je rentre tard au bateau. Nous décidons avec Amélie de repartir dès le lendemain matin. Le directeur du port nous offrira alors une casquette à chacun et un responsable du port ira remplir un jerrican d’essence pour nous dans une station service. Ainsi, même dans une Marina sans charme nous rencontrons toujours des gens très sympathiques.