gardesc6tes.jpgNous sommes contents de partir de Saïdia aujourd’hui. Cette marina complètement artificielle a peu d’attrait. La démesure de la station bordée de cafés et de boites aux enseignes lumineuses nous impressionne mais ne nous convainc pas. Elle a été conçue pour accueillir des yachts jusqu’à 65 mètres et des amateurs de jet ski et de vedettes rapides. Le public visé est composé de riches marocains, d’Européens et d’habitants des Emirats. Notre petit voilier en contreplaqué fait presque tâche. Nous franchissons la frontière algérienne après une heure de mer. Rien ne la matérialise en mer. Mais nous devinons à terre les arbustes et les barrières qui ferment la frontière depuis 1975 et l’affaire du Sahara Occidental. Le vent tombe complètement et nous avançons au moteur. A 10 milles nautiques de Ghazaouet, Amélie distingue une vedette rapide à l’horizon qui vient dans notre direction. Nous rassemblons rapidement tous les papiers que les autorités algériennes sont susceptibles de nous demander. Le semi-rigide des gardes-côtes de Ghazaouet ne tarde pas à nous aborder. Nous proposons à leur responsable en uniforme de monter à bord de Raki. Les deux embarcations sont amarrées l’une à l’autre, à couple, et les moteurs sont coupés. Nous dérivons lentement ensemble sur une mer d’huile. Les premiers échanges sont un peu empruntés, officiels. Puis rapidement la présence de deux enfants à bord facilite le contact. « Soyez les bienvenus en Algérie ». IMG_0190.JPGLa conversation est ponctuée de gentillesses adressées à Léonie et à Gustave. Hadj, l’un des gardes-côtes parle bien français et s’émeut du fait que ma mère soit née à Relizane à l’époque de la colonisation française. Lui-même est originaire de cette ville. Nous signifions notre intention de gagner le port de Ghazaouet. Une photo immortalise notre rencontre puis les gardes-côtes repartent avec les formulaires remplis et nos 4 passeports. Ils nous les rendront à Ghazaouet une fois les formalités terminées avec la police des frontières et avec la douane. Puis ils disparaissent à l’horizon en quelques minutes après avoir fait de grands signes d’au revoir aux enfants. Deux heures plus tard nous entrons dans le port. Il fait un temps magnifique. Le paysage est très beau. De grandes falaises rouges tombent à pic dans la mer. Deux rochers bordent le sud de la passe : les Deux Frères. Un peu plus près de la côte, on distingue aussi les Deux Sœurs, plus bas et plus plats. 643.JPGLes gardes-côtes nous avaient recommandé d’accoster le long du deuxième quai, à côté de leurs navires (un semi-rigide, un bateau de sauvetage et un bateau de guerre). Les autorités ont été prévenues et nous attendent. Mais les formalités sont un peu retardées car un cargo sort au moment ou nous nous amarrons et on nous demande de reculer le temps de sa manœuvre. Puis nous remplissons quelques documents. Les douaniers inspectent Raki rapidement, avec une certaine gêne, puis nous demandent de rédiger une déclaration sur l’honneur selon laquelle nous n’avons ni arme, ni stupéfiants. Nous déclarons également le montant des devises que nous avons à bord : 500 euros et 300 dollars. Les échanges avec les autorités sont faciles et rapides. Nous parlons des enfants, de la météo, des moustiques de Saïdia qui pont piqué Gustave à la joue. Nous disons aux douaniers que nous pensons d’ailleurs aller voir un pédiatre ou un médecin demain. Le responsable nous répond que dès demain matin, le médecin du port sera sur la site et qu’il nous l’enverra. Puis nous nous apprêtons à débarquer pour aller nous promener en ville. A peine sommes-nous à terre que le médecin du port arrive en voiture et nous propose d’ausculter Gustave, tout de suite, comme cela, dans sa poussette, sous la grande grue grise qui surplombe Raki. Il se montre rassurant puis rédige une prescription (solution désinfectante et antistaminique) et nous demande de revenir le voir le lendemain si nous estimons que les choses n’évoluent pas dans le bon sens. Nous le remercions et lui demandons le prix de la consultation. Il fait un geste du revers de la main et nous dit préférer les rencontres aux choses matérielles de ce monde. Et il repart dans sa 207 noire. 658.JPGNous sommes un peu débordés et parfois même gênés par cet accueil formidable. Nous allons ensuite à la Capitainerie pour signaler notre intention d’aller nous promener en ville. Le maître de port nous propose de nous accompagner jusqu’à la sortie du port pour nous faciliter le passage au poste de la police des frontières. Nous y laissons nos passeports puis nous sortons.Le maître de port nous indique un taxiphone où nous pouvons changer de l’argent à un taux avantageux. Puis après nous avoir expliqué qu’il avait fait une partie de sa formation professionnelle à Marseille il nous propose de nous accompagner à pieds pour une première visite de la ville. 663.JPGNous y repérons les nombreuses traces de la période coloniale : l’église transformée en bibliothèque, l’hôpital aujourd’hui fermé, l’école, des immeubles d’habitation, la place centrale. Au retour, il nous recommande une petite pizzeria où nous pourrons aller dîner « en famille », les nombreux cafés que nous avons croisés étant plutôt réservés aux hommes. Nous en profitons pour appeler Brahim, l’oncle d’une de nos collègues de Nantes. Nous avons rendez-vous avec lui à 10h00 demain matin à la sortie du port. Nous rentrons dormir au bateau, vraiment très heureux d’être enfin en Algérie.