Pinoches_2008_038.jpgIl faut avouer qu’il ne fut pas aisé de nous résoudre à produire les aveux qui suivent. Nous avons bien cherché à étouffer l’affaire en comptant sur le temps qui passe. Mais l’esprit de responsabilité qui caractérise les gens de mer associé au devoir que nous avons chevillé au corps nous ont commandé de rendre compte. Notre motivation s'est trouvée renforcée par cinq nuits d’insomnie à l’idée de devoir, ete_2007_307.jpgcomme deux fois déjà par le passé, porter autour du cou un trophée humiliant (cf. photos). Et puis à tous les coups, un Apocien déguisé en Grécien était dans les parages au moment du drame et nous n’aurions pas pu tromper plus longtemps les membres avisés du Bureau. Tant qu’à se faire balancer, autant jeter nous même le premier pavé dans la mare. Voici donc :

RAPPORT DE MER

Nous, en charge du commandement du navire à voiles RAKI, d’une jauge brute de 6,30 tonneaux, immatriculé au Quartier Maritime de Paimpol (Côtes du Nord) déclarons :
Alors que nous faisions route vers le quai de Katakolon (Grèce occidentale) en ce matin du 30 mai de 2010, à la vitesse de 3 nœuds, le lest de fonte du vaisseau a violemment percuté un haut fond rocheux qui figure pourtant sur toutes les cartes (même sur les cartes électroniques de Garmin alors que tout le reste est faux) à la cote de 1 mètre et moins sous le niveau de la mer. Il nous fut très difficile de nous déséchouer à l’aide du moteur auxiliaire et d’amples mouvements de barre.
L’affaire aurait pu en rester là si, au même moment, la cloison structurelle du navire n’avait été heurtée violemment à son tour par le crâne du bosco Gustave qui, conscient de sa faute, a fondu en larmes sans délai. Nous l’avons puni de 10 jours de fers pour avoir cru bon de s’amuser à un moment si délicat.
Nous implorons donc la clémence du Bureau qui saura sans doute reconnaître que :
1 - certains ont déjà payé pour notre erreur, ne l’oublions pas
2 - faute avouée est à moitié pardonnée (or quand on dit « à moitié saoul » ça veut dire plus en général)
3 - les rochers gréciens c’est quand même moins dur que les caillasses du Ferlas
4 - il était très tôt le matin et le maître de port n'est arrivé qu'après l’incident que nous avons soigneusement tu
5 – le bateau a 44 ans ce qui fait une sacrée décote de vétusté
Fait à Kalamata le 5 juin de l'an 2010

Pour ceux qui auraient eu un peu de mal à saisir les implicites contenus dans ce billet, il est recommandé de cliquer sur le lien APOC ci-contre.